Le premier trimestre 2026 restera dans les mémoires. Flambée du gazole après le conflit au Moyen-Orient, blocages agricoles en janvier, activité effondrée. La FNTR parlait alors d'un choc de coûts sans précédent depuis la création de son baromètre en 2015.
Le deuxième trimestre a apporté un peu d'air. Mais si vous lisez les chiffres en détail, ils racontent quelque chose de plus intéressant qu'un simple rebond.
Une amélioration, pas une reprise
La FNTR est prudente dans sa note de conjoncture du deuxième trimestre. L'activité récente se redresse légèrement, les anticipations deviennent un peu moins défavorables, les effectifs de conducteurs cessent de reculer.
Mais tous les indicateurs restent en dessous de leur moyenne de long terme. La fédération parle d'une correction partielle après un point bas, et met en garde contre toute lecture optimiste. Ce n'est pas un retour à la normale, c'est un arrêt de la chute.
Les prix montent, les volumes ne suivent pas
C'est le point le plus déroutant du trimestre.
Selon les données de marché publiées par Upply, les prix du transport routier ont bondi d'environ 8 % en avril par rapport à mars, puis encore de près de 2 % en mai. Une progression que l'on n'avait pas vue depuis longtemps sur deux mois consécutifs.
Ces chiffres portent sur le marché spot et non sur un indice officiel, mais l'ordre de grandeur est cohérent avec ce que le Comité national routier constatait au même moment. Mi-avril, le CNR relevait un gazole professionnel en hausse de plus de 40 % par rapport à février pour les véhicules de plus de 7,5 tonnes, avec une incidence d'environ 9 % sur le coût de revient en longue distance.
Les prix ont donc augmenté parce que les coûts ont explosé, pas parce que la demande a repris. Les volumes transportés, eux, stagnent.
C'est une situation inconfortable. Facturer plus cher sur un marché qui ne croît pas, cela signifie deux choses : la répercussion des coûts reste partielle, et chaque kilomètre mal rempli coûte plus cher qu'avant.
Le vrai signal est dans le détail des défaillances
Altares a recensé 439 défaillances d'entreprises de transport routier de marchandises au deuxième trimestre 2026, soit environ 2 % de moins qu'un an plus tôt. Vu comme ça, c'est une amélioration.
Sauf que la moyenne cache deux mouvements opposés.
Le fret de proximité concentre le plus gros volume avec 223 procédures, mais il s'améliore nettement, de plus de 10 % sur un an.
Le fret interurbain, c'est-à-dire la longue distance, enregistre 196 défaillances, en hausse de près de 9 %.
La longue distance se dégrade pendant que la proximité se redresse. C'est le fait marquant du trimestre, et personne n'en parle.
Pourquoi la longue distance souffre davantage
La raison tient en peu de mots : plus le trajet est long, plus le retour à vide coûte cher.
Un transporteur de proximité qui rentre à vide perd trente ou quarante kilomètres. Un transporteur qui livre à 700 kilomètres et rentre sans chargement perd 700 kilomètres de gazole, de péages, d'usure et d'heures de conduite payées.
Quand le gazole augmente de 40 %, ce n'est pas le trajet aller qui devient insupportable, puisqu'il est facturé. C'est le retour. Et l'incidence de 9 % sur le coût de revient longue distance calculée par le CNR ne mesure que le trajet productif. Sur le retour à vide, l'incidence est totale.
Ajoutez à cela le tissu du secteur. Les défaillances frappent d'abord les très petites entreprises, celles qui ont peu de trésorerie et peu de marge de négociation. Un artisan avec deux camions qui subit trois retours à vide dans le mois ne se rattrape nulle part.
Ce que ça change concrètement
Trois choses, si vous faites de la longue distance.
Le retour à vide n'est plus une perte acceptable, c'est le poste qui décide de votre trimestre. À l'ancien prix du gazole, un retour vide était une contrariété. Aujourd'hui, c'est ce qui fait basculer une affaire rentable en affaire déficitaire.
Répercuter les hausses ne suffit pas. Le marché ne suit que partiellement, et vos clients le savent. Vous ne récupérerez pas par le tarif ce que vous perdez sur le kilomètre improductif.
Le taux de remplissage devient l'indicateur qui compte. Pas le chiffre d'affaires, pas le nombre de missions. Le pourcentage de kilomètres facturés sur kilomètres roulés.
Remplir le retour, en pratique
Il n'y a pas de recette magique, mais quelques réflexes qui changent le résultat.
Anticipez le retour avant de partir, pas la veille du retour. Les meilleurs lots partent plusieurs jours à l'avance.
Acceptez un prix inférieur sur le retour. Un chargement de retour à 60 % du tarif normal reste infiniment meilleur qu'un camion vide. Beaucoup de transporteurs refusent par principe et rentrent à vide, ce qui revient à accepter zéro.
Faites savoir où vous allez. Vos trajets réguliers sont une information que personne ne connaît si vous ne la partagez pas. Un expéditeur qui apprend qu'un camion passe chez lui tous les jeudis a une bonne raison de vous appeler.
Regardez du côté des lots partiels et des compléments de chargement. Un camion à moitié plein sur le retour vaut mieux qu'un camion vide, et beaucoup d'expéditeurs cherchent à faire partir trois ou quatre palettes sans trouver de solution.
Ce que nous observons chez EasyPallet
Nous mettons en relation des expéditeurs et des transporteurs professionnels français sur du transport palettisé. Ce que nous constatons rejoint les chiffres.
Les demandes de transport partiel, de trois à dix palettes, sont celles qui trouvent le plus difficilement preneur. En face, des camions font ces mêmes trajets à vide au retour. Les deux ne se rencontrent pas, faute de savoir que l'autre existe.
Dans un marché où les prix montent sans que les volumes suivent, la marge ne se trouve plus en facturant davantage. Elle se trouve en roulant moins souvent à vide.
Si vous êtes transporteur et que vous voulez recevoir les demandes qui passent sur vos axes, l'inscription est gratuite.
Sources : FNTR, note de conjoncture du 2ᵉ trimestre 2026. Altares, étude des défaillances d'entreprises du 2ᵉ trimestre 2026. Comité national routier, indices gazole bimensuels d'avril 2026. Upply, analyses du marché français du transport routier, avril et mai 2026.